« L’enfant qui est en moi parle à l’enfant qui est en toi », nouvelle vidéo de PRISONER [rock / Mulhouse]
Accueil CULTURE ÉPICÈNE Revue de presse « Culture et égalité de genres » : l’essentiel de juin et juillet09/08/2026CULTURE ÉPICÈNEREVUE DE PRESSE En bref : ce qu’il faut retenir Le secteur musical est en pleine transformation sur les questions d’égalité, de représentation et de violences sexistes et sexuelles, mais les changements restent fragiles et inégaux. Ils montrent trois niveaux complémentaires : Le rapport du public aux artistes : pourquoi la célébrité peut être défendue même lorsqu’elle est accusée de violences. La transformation des pratiques professionnelles : programmation plus paritaire, aides financières conditionnées à l’égalité, meilleure représentation des femmes. La remise en question des structures de pouvoir : violences sexuelles, entre-soi masculin, précarité, peur de parler et nécessité d’institutionnaliser le « care ». 1. Quand l’idole devient plus importante que les accusations L’article de Gabriel Segré dans The Conversation analyse la fidélité de certains fans envers une célébrité accusée de violences sexuelles, à partir notamment du cas de Patrick Bruel. Le phénomène ne s’explique pas simplement par le fait que les fans « ne croient pas les victimes ». Pour certains fans, l’artiste occupe une place beaucoup plus profonde : il est associé à des souvenirs, à des périodes importantes de leur vie, à des émotions et parfois même à leur identité personnelle et collective. Les communautés de fans peuvent également constituer des espaces de soutien et d’appartenance. Ainsi, reconnaître la culpabilité de l’idole peut être vécu comme une trahison personnelle : si l’artiste qu’ils ont admiré est réellement responsable, cela remet aussi en question des années d’admiration et une partie de leur propre histoire. Cela explique notamment les mécanismes de déni, de minimisation ou de défense de l’artiste. Le fan peut déplacer la discussion vers la présomption d’innocence, mettre en doute les témoignages ou considérer que l’artiste et son œuvre doivent être séparés. L’article permet donc de comprendre que les controverses autour des violences sexuelles ne se jouent pas uniquement entre victimes et artistes : elles touchent également la relation affective qui s’est construite entre les artistes, leurs communautés et leur public. 2. We Love Green : passer de la volonté de parité à un automatisme L’article de BFM TV consacré à We Love Green montre une autre évolution : la parité n’est plus seulement présentée comme un objectif militant, mais tend à devenir un critère intégré dès la conception de la programmation. Le Centre national de la musique identifie d’ailleurs We Love Green, avec Musilac et le Printemps de Bourges, parmi les festivals ayant les programmations les plus paritaires en 2026. L’intérêt de We Love Green est précisément de montrer comment la question peut devenir une méthode de programmation : il ne s’agit plus de construire une programmation majoritairement masculine puis de chercher ensuite quelques femmes à ajouter, mais de penser la diversité des artistes dès le départ. La programmation 2026 illustre cette logique avec une forte présence d’artistes féminines et émergentes. La direction du festival indique par ailleurs que 50 à 60 % des artistes programmés sont émergents, avec des scènes spécifiquement dédiées à ces artistes. Enjeu important : la parité devient progressivement une compétence professionnelle de programmation et non plus uniquement une revendication politique. 3. L’Adami : transformer l’égalité en incitation financière L’article de l’Adami va encore plus loin : plutôt que de seulement sensibiliser les professionnels, l’organisme utilise l’argent comme levier de transformation. L’Adami constate que les femmes restent sous-représentées dans les projets soutenus. En 2024, elles étaient majoritaires dans seulement 20 % des demandes d’aides en jazz et 25 % en musiques actuelles, contre 42 % en classique. Le nouveau dispositif prévoit donc un bonus de 20 % pour certains projets répondant à des critères d’égalité. Pour l’obtenir, au moins 3 des 6 métiers concernés doivent être assurés individuellement ou majoritairement par des femmes : artistes principales ; artistes d’accompagnement / featurings ; direction artistique ou réalisation ; prise de son ; mixage ; mastering. C’est particulièrement intéressant parce que l’Adami ne limite pas l’égalité à la présence d’une chanteuse sur scène. Elle cherche à agir sur toute la chaîne de production musicale, y compris les métiers techniques et artistiques traditionnellement masculins. On passe donc de la logique : « Il faut davantage de femmes dans la musique » à une logique beaucoup plus concrète : « Comment modifier les mécanismes de production pour que davantage de femmes puissent y participer ? » 4. La pop comme espace de visibilité et de revendication queer L’entretien avec Rebecca Manzoni autour de Music Queer apporte une autre dimension : celle de la représentation LGBTQIA+ dans la culture populaire. La série raconte une histoire des revendications queer à travers vingt morceaux et plusieurs décennies de pop. L’objectif est notamment de montrer que les références et expressions queer ne sont pas une nouveauté récente mais font partie de l’histoire commune de la musique populaire. L’idée défendue par Manzoni est particulièrement intéressante pour la synthèse : la musique peut transmettre des idées politiques et sociales sans prendre la forme d’un discours politique explicite. Une chanson, une image, un artiste ou une esthétique peuvent permettre à des personnes de se reconnaître, de remettre en question les normes de genre ou de sexualité et de rendre visibles des identités qui l’étaient moins. La culture populaire devient donc un outil de transformation des représentations. 5. #MeTooDJ : les violences ne concernent pas seulement le public L’article de Larsen / #MeTooDJ déplace le regard vers le monde de la nuit et les coulisses de l’industrie musicale. Après de nouvelles accusations concernant des figures de la hardtechno, l’article pose une question essentielle : que vaut un dispositif de « safe space » si les personnes les plus puissantes du milieu échappent elles-mêmes aux règles ? Depuis les mobilisations comme BalanceTonBar, de nombreux lieux ont développé des dispositifs de prévention : équipes de « care », personnes ressources, espaces de repos, messages de sensibilisation, protocoles, etc. Mais ces dispositifs ont leurs limites. Le problème est particulièrement important dans les backstages, où les rapports de pouvoir sont différents de ceux du public. Les artistes connus, leurs amis, les bookers, les managers et les professionnels qui travaillent régulièrement ensemble forment des réseaux d’interconnaissance. Une personne peut donc hésiter à dénoncer un comportement par peur de perdre une opportunité professionnelle ou sa place dans le milieu. L’article insiste ainsi sur l’omerta, l’entre-soi et le phénomène de « boys’ club ». Il ne suffit donc pas d’apprendre au public à se comporter correctement : il faut également transformer les rapports de pouvoir au sein même de l’industrie. 6. « Réinventer la nuit » : passer de la prévention à une transformation structurelle L’article de Tsugi complète parfaitement celui de Larsen avec le travail de Réinventer la nuit. L’association organise notamment des cercles de parole en mixité choisie, anonymes et encadrés par une psychologue. Ces espaces ont permis de faire émerger des témoignages et de documenter les conséquences professionnelles des violences. Certaines victimes ont été exclues de réseaux professionnels, ont dû changer de ville ou envisager de changer complètement de métier. Un point central ressort : la particularité du secteur musical est la porosité entre vie professionnelle et vie privée. Les collègues peuvent être des amis, les amis peuvent devenir des partenaires professionnels, les afters peuvent être à la fois des moments festifs et des lieux de networking. Dans un secteur marqué par l’intermittence et la précarité, perdre une relation professionnelle peut donc avoir des conséquences économiques importantes. La violence ne se limite par ailleurs pas à la soirée ou au concert : elle peut apparaître avant, pendant et après l’événement, mais aussi en ligne, à travers les messages privés, SMS ou mails. La conclusion est donc claire : la prévention doit être pensée comme une responsabilité collective et systémique, et non comme la responsabilité des seules victimes ou des seules équipes de sécurité. Ce que les six articles disent ensemble On peut finalement organiser les six articles autour de quatre grandes idées : Enjeu Ce que montrent les articles Pouvoir des artistes La célébrité crée des liens affectifs très forts qui peuvent conduire certains fans à défendre leur idole malgré des accusations graves. Égalité professionnelle La parité progresse lorsque celle-ci devient un critère concret de programmation, de financement et de recrutement. Violences sexistes et sexuelles Les violences sont liées aux rapports de pouvoir, à l’entre-soi, à la précarité et à la confusion entre relations professionnelles et personnelles. Transformation culturelle La musique et la pop peuvent contribuer à faire évoluer les représentations du genre, des sexualités et des rapports sociaux. Une idée centrale ressort Le problème n’est plus seulement de savoir si l’industrie musicale est consciente des inégalités et des violences : elle l’est de plus en plus. La question devient désormais celle de la transformation concrète des pratiques. On observe ainsi un passage : de la dénonciation → à la prévention → puis à l’institutionnalisation. La programmation paritaire de We Love Green, le bonus de l’Adami, les équipes de care, les chartes professionnelles, les clauses contractuelles et les cercles de parole de Réinventer la nuit sont autant de tentatives pour transformer les règles du système, plutôt que de compter uniquement sur la bonne volonté individuelle. Mais les articles soulignent aussi une contradiction : les dispositifs existent alors que les rapports de pouvoir qui produisent les violences restent largement présents. Dans le monde de la nuit, par exemple, les personnes influentes peuvent encore bénéficier de réseaux de protection, tandis que les victimes risquent leur carrière en prenant la parole. Problématique commune possible Si cette synthèse est destinée à un dossier, mémoire, exposé ou travail universitaire, on pourrait formuler la problématique générale ainsi : Comment l’industrie musicale transforme-t-elle progressivement ses pratiques face aux enjeux d’égalité, de représentation et de violences sexistes et sexuelles, et quelles résistances liées aux rapports de pouvoir persistent ? Ou, de manière plus critique : La transformation actuelle de l’industrie musicale relève-t-elle d’un véritable changement structurel ou principalement d’une institutionnalisation de nouvelles normes d’égalité et de « care » ? Cette deuxième formulation permet de mettre en tension les progrès réels (parité, aides, prévention, espaces de parole) et les limites (entre-soi, célébrité, précarité, omerta, risque de « care performatif »). En une phrase Ces articles montrent une industrie musicale qui cherche de plus en plus à devenir plus égalitaire, inclusive et sûre, mais qui se heurte encore à la puissance des mécanismes affectifs, économiques et professionnels qui protègent les dominants et rendent difficile la remise en cause des rapports de pouvoir. Violences sexistes et sexuelles dans l’industrie musicale : briser l’omerta avec Réinventer la nuit #MeTooDJ Quand le “care” performatif montre ses failles Rebecca Manzoni, productrice de « Music Queer » : « La pop se révèle plus puissante qu’un discours politique » Égalité femmes-hommes : un nouveau bonus dans les aides à la musique Une « prise de conscience de plus en plus forte », comment le festival We Love Green a intégré « l’automatisme » d’une programmation paritaire Accusations d’agressions sexuelles : pourquoi certains fans resteront toujours fidèles à leur idole
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